Une chose est vraie, la commune de Limete est la première en ce qui concerne la prostitution en général. Le quartier Kingabwa en lui-même regorge par exemple dans Paka-Djuma, surnommé «marché du sexe», 5.225 habitants dont 3.260 professionnelles de sexe, de 12 à 50 ans. En fait, le quartier Paka-Djuma est un bidonville où la plupart des pensionnaires viennent de la province de l’Equateur précisément de Boende, Bokungu, Ikela, Djolu et Mbandaka.

Elles sont à Kinshasa avec un seul objectif, la prostitution. On leur a dit « ça paye bien 10 USD à 100 USD la passe ». Une fois sur le terrain, désillusion. Elles ne savent plus rentrer et enfin elles prennent goût. Les causes principales seraient entre autres la pauvreté qui engendre le manque d’encadrement. Au jour d’aujourd’hui, on dénombre environ 2.000 enfants de 10 à 18 ans en proie à la prostitution. Les femmes se prostituent de 6 à 20h00 au vu et au su de leurs enfants et de tout le monde. Les transactions sexuelles se passent dans leurs logis ou dans le noir sur le terrain du rond-point ISTA.

A la présidente de l’ONG Lazarus, une fille d’une prostituée déclare : « Quand maman est avec un client dans la maison, où veux-tu que j’aille?» C’est aux environs de 20h00’qu’elle reçoit ses clients et même quand je m’approche pour prendre de l’eau, elle me dit : « nazali kosalela yo mbongo longwa wana ». Ce sont ces genres de questions auxquelles l’ONG Lazarus’ devrait répondre lorsqu’elle s’adresse aux mineures du projet centre d’alphabétisation des filles de Paka-Djuma(CAFIP).

En effet, c’est depuis 2008 que l’ONG Lazarus’ avait élaboré ce projet dans le but de lutter contre la prostitution des enfants dans ce bidonville. A Paka-Djuma, une fille sur 10 va à l’école et sur 10 filles de 17 ans, 9 ont des bébés et ce, déjà à partir de 14 ans. Les enfants naissent avec des géniteurs inconnus parce qu’elles sont capables d’aller avec 10 clients par jour et sans préservatif. Elles veulent bien étudier mais les parents ne disposent pas de moyens pour payer les frais scolaires. Si les filles mineures font la prostitution, les garçons par contre sont des chômeurs et fumeurs de chanvre.

Dans les gites de lotoko et après la bière, ils sont avec les filles mineures pour 200 à 300 FC par passe. Ceux qui viennent de l’Equateur sont des «porteurs» aux ports fluviaux et c’est eux aussi les clients des jeunes prostituées ou ceux qui abusent des enfants. L’environnement de Paka-Djuma est insalubre. Pas une seule toilette pour cette population de 5.225 habitants.

Les déchets sont recueillis dans des pots ou sachets pour être déversés dans la rivière Kalamu. On peut observer juste quelques «kikoso» (des espaces aménagés en tôle ou en sachet pour prendre bain) où les femmes prennent leur bain le matin avant de continuer les transactions sexuelles.

Quid de l’ONG Lazarus ?

Créée en 2005 dans le but de lutter contre la prostitution en général et surtout conscientiser la femme et la jeune fille sur cet objectif du millénaire pour le développement : égalité de sexe, atomisation de la femme et parité, cette ONG estime que les femmes ne peuvent pas prétendre à une quelconque parité lorsqu’elles se prostituent. La prostitution fragilise le combat sur la parité.

D’où l’ONG Lazarus tient à s’investir dans l’éducation de la femme, l’éducation étant un levier incontournable pour tout développement. En partenariat avec l’hôtel de ville, cette ONG entend matérialiser le projet de mise en place d’un centre de rattrapage du niveau scolaire et d’apprentissages des métiers de Paka-Djuma, pour intégrer quelques mineures dans la société(CRAP).Plusieurs autres projets sont en cours dans le but de vulgariser les conséquences de la prostitution des enfants dans la société.